Texte Sophie Allioux
L'American Bashkir Curly, l'un des secrets les mieux gardés du monde équestre.
Il n'est pas facile d'y croire avant d'avoir glissé les doigts entre les boucles serrées et soyeuses de son pelage. Il existe -et c'est l'un des secrets les mieux gardés du monde équestre- une race de cheval à poil laineux, l'American Bashkir Curly.
D'origines controversées, comme son cousin historique l'Appaloosa, ce cheval découvert à l'état sauvage et selctionné aux USA, a vraissemblablement des racines anciennes et rares. Ce patrimoine génétique particulier porte dans son bagage une autre qualité étonnante : l'American Bashkir Curly est quasiment dépourvu de la protéine EqC1 coupable de la majorité des allergies au cheval.
Le Bashkir Curly Americain ne se contente pas d'être hypoallergénique et looké originalement. Type même du cheval non-violent, d'une intelligence brillante et câlin comme un chien, il peut s'adapter à tous les caprices de "son" humain, du travail de ranch au concours de saut. Bref, frise t-il la perfection ?
Nouvelle vague
Les associations et registres qui ont été crées pour le Curly américain sont récents (ABCR et ICHO). Et pour cause, avant les années 70, les chevaux frisés étaient trop rares et trop mélangés à d'autres courants de sang pour prétendre à un réel registre.
Des chevaux sacrés "su -gla-la" des indiens Crows et Lakotas, dessinés en mémoire comptable des guerres et des vols (1801), il ne reste presque rien, sauf la frisure et quelques traits particuliers. Ils ont été décimés ou racheté par des ranchers qui les ont croisés avec des Quarter-Horses.
Sans l'intéret croissant d'un fermier d'origine Italienne installé au ranch Tree Bars près de Reno (Nevada), le cheval curly aurait conservé un anonymat défrisant.
Benny Damele vouait un amour interessé aux chevaux curly. Après avoir perdu deux fois, à cause d'hivers terribles, la quasi totalité de son cheptel à 20 ans d'intervalle, excepté ces chevaux frisés rustiques et confortablement isolés par leur manteau, il décida d'en capturer davantage dans les montagnes autour de son domaine et de les élever. Ce marchand de chevaux, pratiquant le range breeding (élevage en semi liberté aujourd'hui interdit), croisa les mustangs frisés avec diverses races de selle -Arabe, Saddlebred, Morgan- et les vendit aux 4 coins des USA, rendant le Curly plus populaire.
La famille Damele donna son nom de Bashkir Curly au cheval frisé, croyant d'après un dessin humouristique, qu'il venait de Bashkirie (Oural). Ce fût une erreur sémantique. A l'époque, on pouvait entendre le nom de Bashkir comme synonyme de cosaque, et par extension, de Russie. Mais il n'y a pas de chevaux frisés en Bashkirie même, seulement au Tadjikistan (le cheval Lokaï). Les chevaux cosaques frisés avaient déjà été rencontrés en France au milieu du XIXème et ils sont abondament cités par Frédéric Cuvier.
Pour en revenir à nos moutons américains, sous l'impulsion d'une amie des Damele, le registre American Bashkir Curly fut créé en 1971 et les premières recherches confiée à la spécialiste Shan Thomas, afin de déterminer s'il s'agissait d'une vraie race et le cas échéant comment la protéger.
On s'aperçut assez rapidement à cette époque que l'American Bashkir Curly portait une vertu supplémentaire, l'hypoallergénie.
Allergies envollées
Hypoallergénique, le Bashkir Curly Americain l'est indépendament de son degré de frisure qui serait plutôt une conséquence possible. Tandis que la frisure se comporte comme un gène dominant assez simple, comparable à un gène de couleur aux mille variantes, l'héritabilité de la qualité hypoallergénique est beaucoup plus systématique et beaucoup plus complexe. Toujours est-il que la principale glycoprotéine allergisante présente dans la sueur, la salive, l'urine et le sébum des chevaux, ne se retoruve qu'en petite quantité chez le Bashkir Curly américain. Voilà pourquoi il est moins allergisant et pourrait même servir de "desensibilisateur". A cause de cette particularité, le cheval curly n'a pas la même odeur que les autres chevaux.
Boucler la boucle
Thérapeuthe dans l'âme, le Bashkir Curly américain est également le cheval idéal pour les allergiques équestres psychologiques ! C'est un cheval zen et bénéfique. D'une nature calme, réfléchie, il se donne à coeur de faire plaisir. Il partage avec le meilleur ami de l'homme un tempérament affectueux et une certaine exclusivité pour son maître.
Certaines lignées sont quarterisées, et donc toutes indiquées pour l'équitation western. D'autres issues de plusieurs souches mélangées et travaillées, donnent un plaisant cheval de dressage aux allures enlevées. Une lignée particulière enfin est celle qui fait le fox-trot et où les chevaux d'allures frisés appartiennent aux deux registres. Boucle bouclée : le curly est parfait !
Ce texte est la propriété de Sophie Allioux, élevage Desys.